Le kava soulage-t-il l’anxiété, et est-il sans danger pour le foie ?
De courts essais ont montré un soulagement de l’anxiété, mais le plus vaste essai récent n’a trouvé aucun bénéfice, et la sécurité hépatique exige vigilance.
Publié en octobre 2026
Réponse courte
Oui dans certains essais courts, mais le plus grand essai récent n’a montré aucun bénéfice et des atteintes hépatiques ont été signalées : ce n’est donc pas un choix sûr. Niveau de preuve C (Limitée). Plusieurs essais randomisés et deux revues regroupées ; niveau abaissé en raison d’incohérences et d’un échantillon global restreint.
À retenir
- Dans certains essais courts, le kava a réduit l’anxiété plus qu’un placebo ; regroupés sur cinq essais auprès de 330 personnes, les participants ont été plus nombreux à réagir au kava [1].
- L’essai récent le plus vaste, portant sur 171 adultes suivis pendant 16 semaines, n’a trouvé aucun bénéfice significatif par rapport au placebo [2].
- Le kava a été associé à des atteintes hépatiques dans des cas cliniques ; les personnes ayant une maladie du foie ou sous traitement médical doivent donc consulter un médecin au préalable [3][4].
- La plupart des essais ont utilisé un extrait de racine standardisé, de sorte que les résultats peuvent ne pas s’appliquer à tous les produits à base de kava [2].
L’essentiel
Dans quelques essais de courte durée, les personnes prenant du kava ont rapporté moins d’anxiété que celles sous placebo, et une analyse combinée a penché en faveur du kava [1]. Les résultats sont toutefois contradictoires. L’essai récent le plus vaste n’a révélé aucun bénéfice évident [2], et des atteintes hépatiques ont été signalées chez des consommateurs de kava [3].
Ce que montrent les études
Résultats combinés. Une revue de 2018 a constaté que le kava surpassait le placebo dans 3 essais contrôlés par placebo sur 7. Cinq essais réunissant 330 personnes ont donné un risque relatif combiné de 1,50 (IC à 95 % 1,12 à 2,01) pour les personnes ayant répondu au traitement [1].
Méta-analyses plus restreintes. Trois essais contrôlés par placebo incluant 130 personnes ont mis en évidence des tailles d’effet comprises entre 0,59 et 0,99 en faveur du kava, sans toutefois atteindre la significativité statistique [5]. Une méta-analyse en réseau de 2018 a estimé que le kava réduisait les scores d’anxiété de Hamilton d’environ 3,2 points de plus que le placebo, une différence non statistiquement significative [6]. Une méta-analyse en réseau de 2022 portant sur 29 essais de plantes a observé que le kava diminuait les scores d’anxiété d’environ 2,5 points, mais ses auteurs ont souligné que le kava pourrait ne pas fonctionner spécifiquement dans le trouble anxieux généralisé [7].
Essais individuels. Un essai de 2013 auprès de 58 adultes souffrant de trouble anxieux généralisé a constaté que le kava réduisait davantage l’anxiété que le placebo. Le taux de rémission atteignait 26 % sous kava et 6 % sous placebo [8]. Un essai plus vaste mené en 2020 sur 171 adultes pendant 16 semaines n’a trouvé aucune différence significative : la rémission était de 17 % sous kava et de 24 % sous placebo [2]. Un essai de 4 semaines auprès de 37 personnes n’a montré aucune différence avec le placebo [9]. Un essai de 2003 auprès de 127 personnes a constaté que l’extrait de kava LI 150 agissait à peu près aussi bien que la buspirone et l’opipramol, mais il ne comportait pas de groupe placebo [10]. Dans un essai croisé mené chez 22 adultes modérément anxieux, une dose de kava n’a pas réduit l’anxiété, contrairement à l’oxazépam [11].
Les nuances
Le produit compte. La plupart des essais ont utilisé un extrait aqueux de racine standardisé apportant 120 à 240 mg de kavalactones par jour [8][2]. Les résultats ne s’appliquent pas forcément à d’autres boissons ou produits à base de kava. Les essais ont pour la plupart duré de 4 à 16 semaines [9][2].
Les revues antérieures étaient plus optimistes. Une revue de 2010 portant sur 24 études qualifiait les preuves relatives au kava de solides, mais n’a pu regrouper les données en raison du faible nombre d’essais et de leur hétérogénéité [12]. Une analyse de 2007 portant sur 21 essais de médicaments anxiolytiques a observé que les traitements complémentaires, dont le kava, faisaient en moyenne moins bien que le placebo [13].
Foie. Le kava figure parmi les plantes les plus souvent associées à des atteintes hépatiques dans les cas cliniques. Une revue sur les lésions hépatiques d’origine végétale a dénombré 936 cas pour l’ensemble des plantes ; une transplantation hépatique a été nécessaire dans 6,6 % d’entre eux [3]. Dans les essais, les bilans hépatiques étaient pour la plupart inchangés. Un essai de 16 semaines a constaté des anomalies aux tests hépatiques plus fréquentes sous kava, sans que personne ne réponde aux critères de lésion hépatique [2]. Un essai de 6 semaines n’a relevé aucune différence sur les tests hépatiques [14]. Une revue de 2018 a averti qu’une toxicité hépatique est particulièrement envisageable lors d’un usage au-delà de 8 semaines [1].
Médicaments. Chez 12 personnes en bonne santé, 28 jours de prise de kava ont réduit l’activité d’une enzyme hépatique (CYP2E1) d’environ 40 % [15]. Une revue répertorie des interactions possibles avec l’alprazolam, la lévodopa et la paroxétine [4], et une interaction possible avec les benzodiazépines a été rapportée [16]. Une autre revue a toutefois indiqué que les véritables interactions restent non confirmées [17].
Les études cérébrales et génétiques en sont à leurs débuts. Une étude d’imagerie cérébrale portant sur 37 personnes a révélé que le kava diminuait le GABA dans une région du cerveau, ce qui concorde avec un effet calmant mais ne prouve pas qu’il améliore les symptômes [18]. Un auteur de cette étude signale des rémunérations provenant de MediHerb, un fabricant de produits à base de kava [18].
Ce que cela change pour vous
Les essais sont trop mitigés pour affirmer que le kava soulage l’anxiété de manière fiable. Les risques d’atteinte hépatique et d’interactions médicamenteuses concernent tout particulièrement les personnes atteintes d’une maladie du foie, celles qui prennent d’autres médicaments et les femmes enceintes [3][4][19]. Le kava ne remplace pas une prise en charge médicale d’un trouble anxieux. Parlez-en à votre médecin avant d’essayer.
Références
- The effectiveness and safety of Kava Kava for treating anxiety symptoms: A systematic review and analysis of randomized clinical trials.. Complement Ther Clin Pract, 2018.
- Kava for generalised anxiety disorder: A 16-week double-blind, randomised, placebo-controlled study.. Aust N Z J Psychiatry, 2020.
- Herb-induced liver injury: Systematic review and meta-analysis.. World J Clin Cases, 2021.
- Interactions between herbal medicines and prescribed drugs: an updated systematic review.. Drugs, 2009.
- Kava for Generalized Anxiety Disorder: A Review of Current Evidence.. J Altern Complement Med, 2018.
- Complementary and Alternative Medicine Treatments for Generalized Anxiety Disorder: Systematic Review and Meta-analysis of Randomized Controlled Trials.. Adv Ther, 2018.
- Medicinal herbs for the treatment of anxiety: A systematic review and network meta-analysis.. Pharmacol Res, 2022.
- Kava in the treatment of generalized anxiety disorder: a double-blind, randomized, placebo-controlled study.. J Clin Psychopharmacol, 2013.
- A placebo-controlled study of Kava kava in generalized anxiety disorder.. Int Clin Psychopharmacol, 2002.
- Kava-Kava extract LI 150 is as effective as Opipramol and Buspirone in Generalised Anxiety Disorder--an 8-week randomized, double-blind multi-centre clinical trial in 129 out-patients.. Phytomedicine, 2003.
- The acute effects of kava and oxazepam on anxiety, mood, neurocognition; and genetic correlates: a randomized, placebo-controlled, double-blind study.. Hum Psychopharmacol, 2012.
- Nutritional and herbal supplements for anxiety and anxiety-related disorders: systematic review.. Nutr J, 2010.
- An effect-size analysis of pharmacologic treatments for generalized anxiety disorder.. J Psychopharmacol, 2007.
- Kava for the treatment of generalized anxiety disorder RCT: analysis of adverse reactions, liver function, addiction, and sexual effects.. Phytother Res, 2013.
- In vivo effects of goldenseal, kava kava, black cohosh, and valerian on human cytochrome P450 1A2, 2D6, 2E1, and 3A4/5 phenotypes.. Clin Pharmacol Ther, 2005.
- A systematic review of the safety of kava extract in the treatment of anxiety.. Drug Saf, 2002.
- Pharmacokinetic and pharmacodynamic drug interactions with Kava (Piper methysticum Forst. f.).. J Ethnopharmacol, 2004.
- Neuroimaging Insights: Kava's (Piper methysticum) Effect on Dorsal Anterior Cingulate Cortex GABA in Generalized Anxiety Disorder.. Nutrients, 2023.
- Neonatal and Maternal Ichthyosiform Dermopathy in Association with Kava Use during Pregnancy.. J Med Toxicol, 2024.