La créatine provoque-t-elle la chute de cheveux ou abîme-t-elle les reins ?
Les essais cliniques montrent que la créatine n’abîme pas les reins sains ; les craintes pour les cheveux viennent d’une seule étude chez vingt rugbymen.
Publié en octobre 2026
Réponse courte
Non, pas pour des reins sains : des décennies d’essais randomisés montrent qu’elle ne les abîme pas. Le lien avec la chute de cheveux repose sur une seule petite étude mesurant des hormones, sans aucune perte de cheveux démontrée. Niveau de preuve B (Modérée). Des méta-analyses montrent une fonction rénale préservée, mais les preuves sur la chute de cheveux se limitent à un seul petit essai mesurant des taux hormonaux intermédiaires.
À retenir
- Des méta-analyses d’essais contrôlés randomisés montrent que la supplémentation en créatine n’altère pas la fonction rénale ni ne réduit le débit de filtration glomérulaire chez l’adulte en bonne santé [1] [2].
- La créatine se dégrade naturellement en créatinine, provoquant des hausses sanguines bénignes qui peuvent fausser les bilans rénaux de routine sans réelle lésion d’un organe [3] [2].
- Les craintes que la créatine provoque la chute de cheveux proviennent d’une étude de 2009 chez 20 rugbymen où la dihydrotestostérone (DHT) a grimpé de 56 %, mais les taux sont restés dans les normes et la perte de cheveux n’a jamais été mesurée [4].
- Les essais cliniques ultérieurs mesurant la testostérone libre n’ont constaté aucune hausse, et aucune étude chez l’humain n’a jamais mis en évidence d’affinement ou de perte de cheveux causés par la créatine [3].
L’essentiel
La créatine fait partie des compléments les plus étudiés en nutrition sportive, mais des inquiétudes persistent quant à ses effets sur la fonction rénale et la chute de cheveux [3]. Des décennies d’essais cliniques et de revues systématiques démontrent que les doses recommandées de créatine n’altèrent pas la filtration rénale chez les personnes en bonne santé [1] [2]. Parallèlement, la crainte que la créatine accélère la calvitie masculine provient d’un unique essai de 2009 mené auprès de 20 rugbymen ayant rapporté une hausse de la dihydrotestostérone (DHT), mais la perte de cheveux n’y a jamais été mesurée et les études ultérieures n’ont pas reproduit cette augmentation hormonale [4] [3].
Ce que montrent les études
De très nombreuses recherches cliniques démontrent que la supplémentation en créatine ne provoque pas de lésions rénales chez les personnes en bonne santé [1] [2]. Dans l’organisme, la créatine se dégrade naturellement en créatinine, un déchet métabolique filtré par les reins et éliminé dans les urines [3]. Comme les bilans sanguins standards évaluent la fonction rénale en dosant la créatinine sérique, la prise de créatine entraîne souvent une petite élévation inoffensive du taux de créatinine dans le sang [3] [2]. Une méta-analyse de 2025 portant sur 12 essais cliniques a relevé une augmentation moyenne de la créatinine sérique de 0,07 µmol/L pendant la supplémentation, mais les mesures directes du débit de filtration glomérulaire (DFG) n’ont montré aucune altération de la capacité réelle de filtration des reins [2]. Une revue systématique antérieure de 15 études cliniques a également constaté que la créatine ne modifiait pas significativement la créatinine sérique ni l’urée plasmatique, concluant qu’elle n’induit pas de dommage rénal aux quantités étudiées [1]. Des essais cliniques contrôlés utilisant des méthodes de référence de clairance isotopique — comme la clairance au 51Cr-EDTA — ont confirmé que la filtration rénale reste stable chez les hommes sains, les femmes ménopausées et les personnes atteintes de diabète de type 2 prenant de la créatine chaque jour pendant 12 semaines [5] [6] [7].
La croyance très répandue selon laquelle la créatine causerait la calvitie découle presque exclusivement d’un seul essai de 2009 mené auprès de 20 étudiants joueurs de rugby en Afrique du Sud [4]. Dans cette étude, les joueurs ont consommé une dose de charge de 25 grammes de créatine par jour pendant 7 jours, suivie de 5 grammes par jour pendant 14 jours [4]. La DHT sérique — un androgène qui peut se lier aux récepteurs du cuir chevelu et contribuer à la miniaturisation des follicules pileux chez les personnes génétiquement prédisposées — a augmenté de 56 % après la phase de charge et est restée 40 % au-dessus du niveau initial après la phase d’entretien [4]. Cependant, les chercheurs n’ont pas évalué le nombre de cheveux, leur épaisseur ni leur chute [4] [3]. Les taux de testostérone totale n’ont pas varié, et les concentrations de DHT des joueurs sont restées parfaitement dans les limites cliniques normales tout au long de l’essai [4] [3]. De plus, sur 12 autres essais cliniques ayant examiné les concentrations d’androgènes après une supplémentation en créatine, aucun n’a rapporté de hausse de la DHT, et cinq essais ayant mesuré la testostérone libre n’ont constaté aucun changement significatif [3]. À ce jour, aucun essai clinique chez l’humain n’a observé de chute de cheveux ou de calvitie consécutive à la prise de créatine [3].
Les nuances
Une nuance essentielle concernant la santé des reins réside dans la différence entre un marqueur sanguin et la fonction rénale réelle [3]. Lorsqu’on consomme de la créatine en complément, l’augmentation de la créatinine circulante peut amener les formules de calcul standard à sous-estimer la filtration rénale [3] [2]. En revanche, l’évaluation de la santé rénale par la cystatine C — un biomarqueur de filtration indépendant de la créatine alimentaire et de la masse musculaire — confirme que la fonction rénale est bien préservée pendant la supplémentation [5].
Ce profil de sécurité s’applique aux personnes en bonne santé prenant des doses habituelles de 3 à 5 grammes de monohydrate de créatine par jour [3]. Les personnes souffrant d’une maladie rénale préexistante, d’insuffisance rénale chronique ou de glomérulonéphrite ont une clairance altérée et doivent éviter la créatine, sauf suivi direct par un néphrologue [3]. Dans les rares cas cliniques décrivant une atteinte rénale aiguë chez des consommateurs de compléments, les investigations ont systématiquement mis en évidence des facteurs aggravants, notamment des troubles rénaux antérieurs, des produits multi-ingrédients contaminés, l’usage concomitant de stéroïdes anabolisants ou des surdosages extrêmes dépassant 100 fois les niveaux recommandés [3].
Concernant la santé capillaire, la calvitie masculine dépend principalement de la sensibilité génétique des follicules pileux aux androgènes plutôt que des seuls taux d’hormones circulantes [3]. Même si un exercice vigoureux peut provoquer des fluctuations hormonales passagères, les essais cliniques n’ont pas montré que la créatine accélère la chute des cheveux, y compris chez les personnes ayant des antécédents familiaux d’alopécie masculine [3].
Ce que cela change pour vous
Pour les personnes en bonne santé, les essais randomisés apportent une solide garantie que des doses quotidiennes standards de 3 à 5 grammes de monohydrate de créatine n’endommagent pas les reins et ne font pas perdre les cheveux [3] [2]. Si vous passez des bilans de santé réguliers, signalez votre consommation de créatine à votre médecin afin qu’une valeur élevée de créatinine sérique ne soit pas prise à tort pour un dysfonctionnement rénal [3]. Toute personne ayant une maladie rénale diagnostiquée ou une fonction rénale altérée doit consulter son médecin avant de commencer tout complément alimentaire [3]. Pour des détails pratiques sur les schémas de prise, les légers troubles digestifs possibles et les interactions médicamenteuses, consultez la page thématique sur la créatine [3].
Références
- Effects of Creatine Supplementation on Renal Function: A Systematic Review and Meta-Analysis.. J Ren Nutr, 2019.
- Effect of creatine supplementation on kidney function: a systematic review and meta-analysis.. BMC Nephrol, 2025.
- Common questions and misconceptions about creatine supplementation: what does the scientific evidence really show?. J Int Soc Sports Nutr, 2021.
- Three weeks of creatine monohydrate supplementation affects dihydrotestosterone to testosterone ratio in college-aged rugby players.. Clin J Sport Med, 2009.
- Effects of creatine supplementation on renal function: a randomized, double-blind, placebo-controlled clinical trial.. Eur J Appl Physiol, 2008.
- Creatine supplementation does not impair kidney function in type 2 diabetic patients: a randomized, double-blind, placebo-controlled, clinical trial.. Eur J Appl Physiol, 2011.
- Effect of creatine supplementation on measured glomerular filtration rate in postmenopausal women.. Appl Physiol Nutr Metab, 2011.